Sur le port du Havre, l'un des milliers de conteneurs en transit a été modifié pour prendre l'allure d'un impeccable white cube. Éclairé de l'intérieur, celui-ci opère comme un signal visuel qui souligne la forme synthétique de cette architecture potentielle, tout en imposant sa présence dans l'immensité du jeu de construction métallique et coloré que constitue son environnement. La délocalisation du white cube et son apparition en tant que signal transpose une forme idéologique idéalisée de plein pied dans un environnement spécifique mais également archétypique et rationnalisé. Cette intervention interagît avec une autre installation mise en place simultanément au Spot, et qui consistait en l'insertion d'objets rapportés de la zone portuaire au sein de l'espace d'exposition.
Issu d'un répertoire de matériaux et de formes élémentaires disponibles en nombre sur les docks, ce dispositif se présente comme un échantillonnage démesuré d'une série d'éléments emblématiques de l'industrie portuaire. Quatre défenses d'accostages, imposants cylindres de caoutchouc, sont disposées au sol et plaquées contre les cimaises. Trois banches métalliques utilisées pour le coffrage de murs en béton partitionnent l'espace et contiennent un volumineux tas de charbon provenant de la centrale thermique du port. Si cette installation ready-made agit à la manière d'un prélèvement au sein d'un paysage industriel, elle procède aussi d'une série de gestes prolongeant une réflexion sur les représentations d'un territoire, ses limites et ses possibles déplacements.